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La Franco-faune albertaine

Découvrez la Franco-faune de l’Alberta et voyez comment elle prend le français par les cornes! Cinq Franco-albertains partagent ici leur réalité linguistique dans cette province trop souvent libellée comme étant unilingue anglophone.

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Angélina Gionet

Directrice d’une association communautaire
Fort McMurray, Alberta

Signe franco-faunique : Mouflon experte
Ascendant : Lynx vigilante

Ça me décrit vraiment bien! Je viens d’une famille où l’éducation n’était pas la chose la plus importante. Mon grand-père, même s’il était très actif pour la défense de la langue française, ne savait ni lire ni écrire. Ce que j’ai appris, je l’ai appris tard, quand je suis retournée aux études après avoir eu mes enfants. Mais je me suis vite découvert une passion pour la lecture – j’ai dû lire au moins 800 livres depuis!

Je me suis vite donné comme objectif d’augmenter mon vocabulaire chaque jour. J’ai grandi dans une petite communauté en Acadie, où le vocabulaire n’était pas très riche et mélangé avec de l’anglais. Quand une de mes filles a est entrée à l’université, elle m’a fait remarquer qu’elle trouvait qu’on parlait « mal », qu’on manquait de vocabulaire. Ça m’a fait quelque chose, mais au lieu de me décourager, je me suis roulé les manches, et mes quatre filles ont suivi mon exemple.

On peut dire que je suis non conformiste parce que je n’accepte pas la situation des francophones telle qu’elle est actuellement à Fort McMurray, en Alberta. Ce je n’accepte pas, c’est de devoir m’excuser d’être francophone. Je me présente toujours comme étant francophone, et je dis bonjour en français. Je pars du principe que nous sommes dans un pays bilingue et qu’on a le droit de vivre en français, où que nous soyons. Je ne me cache surtout pas, comme certains francophones le font, par honte, ou par abandon.

Je me suis vite rendu compte qu’à Fort McMurray, si on veut des services en français, il faut se prendre en main et se les créer. Alors, je me suis impliquée dans la création de services en français à la petite enfance, et de services en français pour les nouveaux arrivants. Mais c’est une lutte, et on ne peut pas s’attendre à ce que les anglophones pensent naturellement à nous faire une place. Il faut la prendre.

Je ne suis pas du genre à éviter les conflits. Pour vivre sa francophonie en Alberta, il faut ne pas avoir peur de la confrontation. Mais on n’est pas des enfants et on est capables de se faire entendre! Mais je sais que tout le monde n’est pas comme moi. Une chose que je ne fais pas c’est d’essayer de motiver les gens. C’est une perte de temps, parce qu’il faut qu’ils soient motivés eux-mêmes pour que ça marche. Moi, je suis convaincue de ce que je fais. Je suis passionnée. Je dirais même que je suis un peu plus que passionnée… je suis INSPIRÉE par ce besoin de garder notre francophonie. Et l’inspiration, tu ne peux pas te débarrasser de ça! J’ai essayé, mais c’est de mourir à petit feu que de l’ignorer.

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Cédrick Leblanc

Homme d’Affaire
Grande Prairie

Signe franco-faunique : L’Ours affable
Ascendant : L’Écureuil altruiste

Je trouve que l’Ours Affable me représente assez bien! Je ne vis pas ma francophonie comme une lutte. Je suis fier d’être francophone, mais je suis aussi fier d’être bilingue! Mon père était un francophone assimilé et du côté de sa famille, ils ne parlaient français depuis des générations. Ma mère ne me parlait qu’en français par contre. Il a fallu très jeune que j’apprenne les deux langues pour pouvoir parler avec mes grands-parents!

Je comprends que certains voient le fait de vivre en français en milieu minoritaire comme une bataille, mais pour moi, je ne vois pas de mal à aussi faire partie de la communauté anglophone. Intégration ne veut pas dire assimilation, et je ne perdrai pas mon identité francophone pour autant! Au recensement, je coche toujours que je suis francophone, et je m’implique dans des associations francophones. Ça ne m’empêche pas par contre de vivre une partie de ma vie en anglais. J’ai vraiment un pied dans les deux cultures.

J’ai un tempérament médiateur, c’est vrai. Je ne cherche surtout pas les chicanes! Mais je conçois aussi qu’il n’y a pas beaucoup d’offre culturelle en français en Alberta et qu’il y a du travail à faire. Par contre, je trouve que ce n’est pas très constructif de se mettre constamment en attitude de bataille ou de revendication. C’est bien de prendre ça tranquille, de respirer un peu! De toute façon, une attitude agressive met automatiquement l’autre sur la défensive, et habituellement, ça ne fait pas avancer les choses.

À Grande Prairie, il y a de l’avenir pour la francophonie, parce que d’abord, il y a de l’emploi. À cause de la situation économique, c’est certain qu’il va constamment arriver d’autres familles francophones en provenance du Québec, de la France, de la Belgique et de l’Afrique. La communauté ici est diverse et c’est l’ensemble de ces cultures, y compris la culture dominante, qui enrichit notre identité.

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Claude Deschamps

Entrepreneur en construction
Red Deer, Alberta

Signe franco-faunique : Grand duc justicier
Ascendant : Mouflon expert

Je travaille en construction, et dans mon domaine, il y a beaucoup de francophones. Alors, je parle en français la moitié de mes journées, au moins – et plus parfois! C’est une des raisons pour lesquelles je ne perds pas ma langue maternelle, parce qu’à la maison, on a pris l’habitude de parler en anglais, bien que ma femme soit parfaitement bilingue.

Je suis tout à fait du genre à venir à la rescousse d’une personne qui aurait de la difficulté à se débrouiller en anglais. Je m’implique, parce qu’à une certaine époque, c’était moi cette personne-là. Je sais très bien comment elle se sent. Je ne cherche pas la confrontation, mais je sais ce que c’est que de ne pas se faire respecter à cause de la langue. Ici, il n’y a pas une journée qui ne se passe sans que j’entende une petite blague, ou un commentaire idiot sur les francophones. Je me suis adouci avec le temps, mais il y en a que je ne laisse pas passer.

Je ne vis pas ma francophonie de façon isolée, mais je ne cours pas après les associations francophones non plus. J’adore retourner à Montréal. Ici, je me suis toujours senti en exil, et je ne pense pas que ça change avec le temps. En fait, je n’étais pas supposé resté ici! Je venais travailler l’été pour payer mes études, puis le dernier été, j’ai rencontré ma femme, et je suis ici depuis!

Mon ascendant décrit parfaitement l’autre côté de ma personnalité : je suis le roi des jeux de mots! J’ai toujours une petite blague pas loin. Parfois, je traduis mes blagues en anglais, mais ça ne fait pas toujours rire les anglophones. Alors, je ris doublement – je ris de ma propre blague, et du fait qu’ils ne comprennent pas!

Je pense que le français a un avenir en Alberta, mais ce ne sera jamais une province bilingue, il ne faut pas se faire d’illusions. La majorité l’emporte! Mais quand même, au niveau du gouvernement fédéral, on peut se faire servir habituellement en français et en anglais, ce que j’apprécie.

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Frederic Mack

Musicien
Calgary, Alberta

Signe franco-faunique : Écureuil altruiste
Ascendant : Grand duc justicier

Je ne suis pas surpris d’avoir obtenu l’Écureuil altruiste parce que personnellement, j’ai horreur des conflits! J’ai des amis anglophones et des amis francophones, ayant fait une partie de mon secondaire en anglais. Le français est très important pour moi et je suis très fier d’être francophone, mais je pense que tout le monde a le droit de s’exprimer dans la langue de son choix. Je serais le dernier à imposer le français à quelqu’un d’autre dans une conversation. Si la personne est plus à l’aise en anglais, je respecte ça.

J’enseigne aussi la musique, et c’est toujours agréable quand mes étudiants parlent français. Souvent, je n’ai aucune idée qu’ils sont en fait francophones et je m’en rends compte beaucoup plus tard, en discutant. C’est toujours une belle surprise. Ici, les francophones sont souvent cachés et vivent tout aussi bien en anglais.

Ma mère est francophone et mon père est francophile! Il est anglophone d’origine, mais il parle très bien français. Ça a beaucoup aidé que l’on parle le français à la maison. J’ai des amis qui n’ont pas eu cette chance et leur niveau de français est moins bon.

Pour moi, la transmission de la langue, ce n’est pas seulement apprendre des mots. C’est aussi s’enrichir d’une culture, d’une façon différente de voir les choses. Je pense que les francophones ont quelque chose d’important à apporter à la société en Alberta. J’aimerais que les anglophones soient plus ouverts à apprendre le français – tout le monde y gagnerait, c’est certain!

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Paulin Mulatris

Professeur universitaire,
Edmonton, Alberta

Signe franco-faunique : Lynx vigilant
Ascendant : Mouflon expert

Ça me va très bien comme signe! Le Lynx vigilant me parle beaucoup. Je suis très attentif aux choses auxquelles les gens ne sont pas sensibles, mais qui constituent souvent une menace pour la langue française dans un milieu minoritaire.

J’ai trouvé le formulaire franco-faunique très amusant et en même temps, ça a soulevé des questions dans mon esprit. On a tendance à concéder aux anglophones de ne pas parler français. On a intériorisé un sentiment d’infériorité linguistique en Alberta. On pense que c’est le francophone qui devrait toujours faire les efforts. L’autre jour, nous étions dix francophones en compagnie d’un anglophone, et la rencontre s’est déroulée uniquement en anglais! C’est le genre de chose qui finit par m’exaspérer.

Je crois que la survie de la francophonie en Alberta va nous demander collectivement une plus grande ouverture d’esprit. Ici, au campus St-Jean de l’Université de l’Alberta, 60 % des étudiants proviennent de l’immersion. Ce sont des anglophones qui ont choisi d’apprendre le français. On a tendance à ne pas les considérer dans l’équation, mais je crois qu’ils sont appelés à jouer un rôle important pour la francophonie. C’est souvent eux qui vont promouvoir la langue auprès du pouvoir économique et politique du pays!

Les immigrants de souche francophones sont aussi une communauté qu’il faudrait davantage intégrer. C’est une francophonie qui existe, mais qui existe en parallèle à la francophonie de l’Alberta. Elle s’arrime difficilement et malheureusement, beaucoup d’immigrants finissent par vivre en anglais.

Dans le contexte canadien, la lutte pour la survie de la langue française est toujours présente. La francophonie, c’est quelque chose que je porte en moi, alors je me dis que si je peux apporter une petite contribution, une compréhension, ça me donne de la motivation. C’est pourquoi je participe à l’effort visant à préserver la francophonie, et que j’aime vivre en Alberta.